Presque étranger pourtant | Roman ZOE

Roman traduit de l’allemand par Marion Graf
Parution janvier 2022

Un homme hanté par son enfance rentre au pays. Il y retrouve ses souvenirs intacts, les meilleurs comme les pires. Les allées de pommiers. Le ciel immense. Les falaises de grès. Et Vito, l’ami d’enfance qui fut, dans un système asphyxiant, son compagnon d’apesanteur. Mais avec lui ressurgit le spectre de l’accident originel. Bientôt, la présence aimante de sa femme et de sa petite fille ne suffisent plus à chasser le vertige. Des néo-nazis rôdent, une sourde menace plane, diffuse mais persistante. La nature échappe, se déchaîne. Quelle force pourra lever la chape de silence et d’hostilité ? Le suspense subtil de ce roman place le lecteur au plus près du narrateur.

Dans un va-et-vient entre l’enfance et l’âge adulte, l’amplitude de la langue mêle avec un naturel inédit l’intime et le politique dans le paysage bouleversé de cette région frontalière des bords de l’Elbe.

ISBN 978-2-88927-990-6
Nombre de pages 208
Format du livre 140×210 mm

Écouter un extrait du roman lu par Vivien Hébert:

Extrait

«Une fois que j’ai contemplé la maison à satiété, par-delà mes orteils, je traverse en équilibre quelques crevasses pour atteindre la face ouest de la falaise, et j’aperçois l’autre village, celui où Vito et moi avons vécu enfants. D’ici en haut, je peux regarder en avant et en arrière. D’un côté la maison, où Christina met en ce moment la petite au lit. De l’autre le village de mon enfance. Entre deux, une route serpente, se perd dans les boqueteaux pour surgir à nouveau entre les champs, comme un ruban luisant. Le crépuscule dure une éternité, toutes les ombres s’étirent, plus longues que les choses elles-mêmes. Les couronnes se balancent. Tout se met à tournoyer. Tout se brouille. Vito, qui à présent vit en bas, au bord de l’Elbe, Christina, la Petite, hier, aujourd’hui. Quand ça tournoie ainsi, c’est l’heure de descendre, en prenant appui sur le grès, pour rejoindre le sentier équipé d’étais de fer et de madriers, toujours le même, celui que je suivais à l’époque avec Vito. Pendant la journée, les gens viennent, se hissent par les crevasses et les saillies jusqu’au point de vue où se dresse la girouette en fer-blanc. Le soir, il n’y a personne. Par les cheminées et les fissures, un reste d’humidité monte et s’évapore.»